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日志


11月15日

"A l'origine" : la rédemption passe par l'autoroute

 
Un fait divers survenu dans le nord de la France a inspiré ce film ample et romanesque, qui touche aux ressorts intimes d'un être humain, sonde autant sa capacité à se conduire comme un salaud qu'à s'investir dans la solidarité collective. A l'origine, il y a donc l'histoire vraie d'un escroc qui se fait passer pour un chef de chantier et reprend la construction d'un tronçon d'autoroute jadis abandonné à la suite d'une mobilisation d'écologistes (le bitume menaçait l'extinction d'une race de scarabées). Au lieu de filer à l'anglaise avec l'argent liquide remis en dessous-de-table par les entrepreneurs locaux, celui-ci se prend au jeu, se met à vouloir aider les gens du coin, se pique d'aller jusqu'au bout de son défi : répandre l'asphalte dans les champs de cette région en proie aux difficultés matérielles (chômage, délocalisations).
 

Mais le film de Xavier Giannoli puise ailleurs sa signification. A l'origine du monde, il y a chez tout un chacun un sentiment d'étrangeté, un émoi devant la majesté des paysages et la beauté d'autrui, devant cet étranger capable de faire jaillir une lumière dans son regard et de nous faire sortir des ténèbres. A l'origine, chez Philippe Miller, cet imposteur minable englué dans la horde sauvage des individualistes, il y a cet instinct romantique, ce besoin d'amour, cette aptitude à abandonner sa dissidence égoïste pour se transcender par l'échange social. Tel est le credo du cinéaste.

Berner, voler, saboter

Qui sommes-nous ? C'est la question posée au personnage, paumé cynique que ses malversations entraînent dans une "aventure", pour reprendre le titre d'un précédent film de Xavier Giannoli. Nié, sans identité qui lui permette d'être digne, Philippe Miller se sent tout à coup exister comme patron, considéré comme un homme providentiel. Une ivresse le prend de se sentir capable de "changer la vie des gens".

Une culpabilité l'étreint de les berner, les voler, saboter leur espoir. "L'important, c'est qu'on vive un truc ensemble !", dit-il. Il n'avait pas prévu ce "quelque chose d'extraordinaire" qui transforme son escroquerie en mission. Il ne savait pas "qu'on pouvait ressentir ça" : l'exaltation dans la fraternité. Peu à peu, dans le mensonge, il trouve sa vérité.

Qui sommes-nous ? C'est aussi une question posée au comédien, ici François Cluzet, sommé d'être à la fois quelqu'un et quelqu'un d'autre, gêné de devoir assumer un rôle trop grand pour ses épaules, poussé du profil "pathétique" à l'emblème du Messie. Question quasi religieuse posée également au cinéaste, qui signe en filigrane une fable sur le cinéma, l'art de construire une illusion, de motiver une équipe, l'art de transformer un chantier en film, la boue en son et lumière.

Construire une autoroute contre vents et pluies ou bâtir un Opéra en pleine jungle amazonienne : il y a du Fitzcarraldo (1982) d'Herzog chez ce Philippe Miller, mû par une quête que n'aurait pas désapprouvée John Huston, celle des conquérants en rébellion contre les éléments, déterminés à poursuivre leur quête blasphématoire, soûlés par l'épopée plus que par le butin. Miller transforme son périple de prospecteur d'or en croisade, il est "l'homme qui voulut être roi". Le conquistador d'une route n'allant "nulle part". Et qui distribue son magot à ses proies. "J'ai eu de la chance de les rencontrer" sera sa dernière phrase avant de disparaître.

Raccourci, remonté depuis sa projection cannoise, et du coup plus vif, plus émouvant, A l'origine raconte moins l'histoire d'une arnaque que la spirale qui entraîne l'usurpateur dans une sorte de rédemption, via l'alchimie du virtuel au réel. Giannoli fait exister une myriade de personnages "secondaires", qu'il enracine dans leur contexte géographique et social. Stéphanie Sokolinski fait une bien belle irruption dans le cinéma en femme de chambre d'hôtel propulsée comptable, Vincent Rottiers est parfait en voyou avide de réinsertion, Emmanuelle Devos est bouleversante dans le rôle du maire de la commune.

François Cluzet dans le film français de Xavier Giannoli, "A l'origine".

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