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日志


11月13日

Amours et invectives chez les intellectuels

 
"Monsieur, j'ai l'honneur de vous informer que je vous tiens pour un con et pour un lâche." Le ton direct de cette apostrophe d'André Breton à Jean Paulhan tranche singulièrement avec sa calligraphie alambiquée. Elle fait la joie des lycéens qui viennent visiter l'exposition consacrée au centenaire de la Nouvelle Revue française (NRF) présentée dans la grange aux dîmes de l'abbaye d'Ardenne, près de Caen, siège de l'Institut mémoires de l'édition contemporaine (IMEC). Montée en février à la Fondation Martin Bodmer à Genève, cette exposition a été considérablement enrichie par des documents venant des fonds Jean Paulhan et Georges Lambrichs, deux des principaux animateurs de la NRF, qui sont déposés à l'IMEC.
 

Jean Paulhan disposait d'une marge de manoeuvre étroite. Le rédacteur en chef de la NRF dans les années 1930 souhaitait que les surréalistes soient présents dans les colonnes de la revue, mais qu'ils ne s'y sentent pas chez eux. Invectives littéraires et amours contrariées émaillent le parcours de cette formidable aventure intellectuelle. Ainsi, après un séjour en 1919 à Benerville (Calvados) chez les Gallimard, Jacques Rivière, le premier des grands directeurs de la revue, tombe éperdument amoureux de Jeanne Gallimard, la femme de Gaston. "Pourquoi ne vivrions-nous pas tous unis ?", écrit-il. Après son décès prématuré, en 1925, Gaston Gallimard rédige un éloge de son ami qu'au dernier moment il renonce à publier, mais dont l'original est ici exposé.

Si l'ambition de la NRF est d'être une revue de littérature pure et de critiques, avec des écrivains comme André Suarès, Jacques Audiberti, Francis Ponge, Léon-Paul Fargue, elle est sur le plan politique moins tiède qu'il n'y paraît, englobant la droite et la gauche - et donc le centre, avec Alain. Le livret sur Le Premier Congrès des écrivains soviétiques paraît en 1935 à la NRF. Suivent des textes de Léon Trotski.

En février 1939 paraît un article intitulé "M. François Mauriac et la liberté". Rédigé par un jeune agrégé de philosophie, le texte se termine par "Dieu n'est pas un artiste ; M. Mauriac non plus." Il est signé Jean-Paul Sartre, mais Jean Paulhan l'a fortement téléguidé, comme le montrent les échanges entre les deux hommes. Cet article ne sera pas étranger à la rancoeur vouée par Mauriac à cette revue qui a fauté pendant la guerre, sous la direction de Drieu la Rochelle. Datée de 1942, une lettre inédite de Maurice Blanchot à Jean Paulhan, qui s'inquiète de la dérive pro-allemande de Drieu, éclaire la situation : "Aider Drieu ? Bien volontiers (...) mais comment ? Je ne le vois pas et d'ailleurs lui-même le souhaite-t-il ?"

La commission d'épuration de l'édition interdit à la NRF de reparaître en 1944. Les arguments pour sa défense sont présentés dans un mémorandum inédit, écrit par Jean Paulhan, Gaston Gallimard et Maurice Garçon, son avocat. Mais il faudra la loi d'amnistie générale de 1953 pour permettre à la Nouvelle NRF de renaître de ses cendres. Elle connaîtra un énorme succès dans les années 1950 et 1960, sous les directions de Marcel Arland et surtout de Georges Lambrichs. Avant de devenir, par la suite, La NRF, plus anthologique et moins critique.

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