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11月11日

Union européenne : la revanche des fédéralistes belges

 
Quand on cite le nom du premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende, Nicolas Sarkozy fait la grimace. Mais lorsqu'on évoque Herman Van Rompuy, son visage s'éclaircit. "C'est quelqu'un de très bien", confie-t-il, lundi 9 novembre à Berlin. En une phrase, tout est dit : le premier ministre belge, 62 ans, est le candidat de Paris et de Berlin pour devenir le premier président "stable" du Conseil européen, le 1er décembre, lorsqu'entrera en vigueur le traité de Lisbonne.
 

Il faut faire vite pour éviter le torpillage de la candidature de ce chrétien-démocrate, premier ministre depuis moins d'un an et inconnu du public. Inquiète d'un possible diktat franco-allemand, la Pologne a demandé, lundi, par écrit, un processus de sélection "aussi transparent et démocratique que possible".

Pour Varsovie, l'élection du premier président du Conseil doit avoir lieu à l'issue d'une discussion des vingt-sept chefs d'Etat et de gouvernement, pendant laquelle "les candidats présenteraient leur vision". Une approche qui rappelle celle du troisième prétendant originaire du Benelux, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui se présente comme le porte-voix des "petits" et des "moyens" contre le directoire des grands Etats.

M. Sarkozy peste, quant à lui, contre la lenteur de la présidence suédoise de l'Union qui n'a toujours pas convoqué de réunion extraordinaire pour nommer le président du Conseil et le futur chef de la diplomatie européenne. Selon lui, ce sommet n'aura pas lieu avant dimanche, sans doute plus tard.

Les Suédois affirment qu'aucun accord n'est encore scellé et ont été "surpris" que la nomination de M. Van Rompuy soit présentée comme bouclée au début de la semaine dernière. Avant de convoquer un sommet, leur premier ministre, Fredrik Reinfeldt, entend poursuivre à son rythme les consultations promises. Il ne s'était pas entretenu en tête à tête avec le chef du gouvernement belge avant lundi soir, en marge des festivités pour les vingt ans de la chute du Mur.

M. Van Rompuy commence pourtant à y croire. Les Belges sont ravis que la candidature Tony Blair, longtemps poussée par M. Sarkozy, ait été torpillée. Ils ont ainsi vengé deux anciens premiers ministres belges, Jean-Luc Dehaene et Guy Verhofstadt, candidats malheureux à la présidence de la Commission européenne en 1995 et 2004. Tous deux victimes d'un veto britannique, en raison de leurs convictions fédéralistes, de leur tempérament extraverti et du soutien que leur avait apporté le couple franco-allemand.

Appuyé par Helmut Kohl et François Mitterrand, le chrétien-démocrate M. Dehaene avait été victime de John Major. Après les années d'intégration à marche forcée sous Jacques Delors, les conservateurs britanniques, qui n'avaient pas pu empêcher le lancement de l'euro, voulaient une pause. Ils forçaient alors leurs partenaires à se rabattre sur le terne premier ministre luxembourgeois Jacques Santer, pour succéder à M. Delors.

Nouvelle déconvenue en 2004. Le libéral Guy Verhofstadt était alors le champion de Jacques Chirac et de Gerhard Schröder. L'Union élargie aux ex-pays communistes s'était déchirée sur la guerre en Irak. Or M. Verhofstadt était non seulement un fédéraliste - fin 2000, il avait bloqué le traité de Nice, qu'il jugeait trop peu ambitieux -, mais il prônait aussi une Europe de la défense autonome de l'OTAN.

Inacceptable pour Tony Blair et pour les conservateurs du Parti populaire européen (PPE) : ces derniers avaient remporté les élections européennes et voulaient le poste de président de la Commission pour l'un des leurs. Ce nouveau veto ouvrait la voie au Portugais José Manuel Barroso, hôte du sommet des Açores avec George Bush, Tony Blair et l'Espagnol José-Maria Aznar, juste avant la guerre en Irak.

En 2009, la troisième tentative belge pourrait-elle être la bonne ? Il faudrait d'abord que Herman Van Rompuy - pour se faire accepter par les Britanniques - fasse tandem avec l'un d'eux, au poste de haut représentant. Marqués par les guerres franco-allemandes et conscients que l'Europe atténue les séquelles de leurs divisions internes, les Belges sont, en effet, fédéralistes par tradition.

Occupé à éviter l'implosion de son pays, M. Van Rompuy ne s'est pas vraiment fait remarquer sur la scène européenne. "Il s'est très peu exprimé sur l'Europe, contrairement à MM. Dehaene et Verhofstadt", note Jean-Michel De Waele, directeur du Cevipol, centre d'études politiques de l'Université libre de Bruxelles. "Mme Merkel a commencé à s'intéresser à lui quand il a évité l'escalade dans l'affaire Opel, alors que des milliers d'emplois belges étaient menacés par des décisions allemandes", indique un haut diplomate européen, partisan de longue date du conservateur flamand.

Paris et Berlin relèvent que la Commission a été attribuée à un petit pays du Sud, le Portugal, et la présidence du Parlement à un Etat de l'Est, la Pologne. Si le Britannique David Miliband dirigeait la diplomatie, il serait normal, pour M. Sarkozy et Mme Merkel, que la présidence de l'UE échoie à un des six pays fondateurs.

Herman Van Rompuy est le candidat de Paris et de Berlin pour devenir le premier président

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