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11月11日 Yémen : un jeune dirigeant conteste le présidentCheikh Hamid reçoit volontiers à Sanaa dans sa vaste demeure installée dans le quartier des puissants. Hadda Madina s'étend au pied les montagnes ocre qui enserrent la capitale. Des murailles y protègent des regards les palais, qu'on devine de belle taille, des grands noms du pays. Pour préserver l'intimité des jardins intérieurs, ces murs sont rehaussés çà et là de paravents métalliques.
Cheikh Hamid y est en bonne compagnie, à côté du chef militaire de la région nord ravagée par la guerre de Saada, Ali Mohsen Al-Ahmar, non loin du vaste complexe d'un marchand d'armes, Farez Mana. On accède au cheikh après avoir reçu l'agrément de gardiens scrupuleux, conformément à un dispositif aussi défensif que le discours du maître des lieux est tourné vers l'attaque. Avec une cible à la hauteur de son ambition : le président Ali Abdallah Saleh. La liberté de ton est affaire courante dans le huis-clos des maquils, ces réunions, entre gens de la bonne société de Sanaa, où l'on mâche longuement des feuilles de qat. Cheikh Hamid, 40 ans, ne s'embarrasse pas de circonlocutions pour dire publiquement tout le mal qu'il pense des choix politiques de l'homme fort du Yémen, "patron" du nord du pays depuis 1978 et du Yémen unifié depuis 1990, dont l'instinct sans pareil a longtemps expliqué l'incroyable longévité dans un pays où la politique se calque souvent sur ses reliefs tourmentés et rocailleux. Il est vrai que cheikh Hamid Ben Abdallah Al-Ahmar n'est pas le premier venu. Son père Abdallah Al-Ahmar, décédé en 2007, avait traversé avec panache près de quatre décennies faites d'assassinats politiques et de guerres intestines avant d'être terrassé par la maladie. Chef de la grande confédération tribale des Hashid, son appui avait été déterminant lorsqu'un jeune militaire, le président actuel, avait accédé au pouvoir. Les deux hommes avaient ensuite chevauché les années de conserve, sans jamais pour autant aliéner leur liberté, gérant leurs différends épisodiques avec un savoir-faire consommé. Le chef tribal, fondateur du parti islamiste Al-Islah (la réforme), avait ainsi conservé sa fonction de président du Parlement en dépit de la défaite de sa formation aux élections de 1997, rangée depuis dans l'opposition. Une autre époque, car pour son fils, le cheikh Hamid, rien ne vaut désormais l'offensive sabre au clair. "Le Yémen mérite mieux" qu'un régime devenu, selon lui, "une source de danger". "Le président a concentré tous les pouvoirs dans ses mains, il ne délègue rien et ne veut pas admettre qu'il échoue" dans sa guerre contre les miliciens du chef rebelle Abdel Malik Al-Houthi, dans le nord du pays, comme dans les affaires courantes du pays, assure cet homme trapu aux gestes vifs, qui porte selon la tradition yéménite un large poignard d'apparat plaqué sur l'abdomen. La joue gonflée par les tendres feuilles de qat, il dévide son argumentaire, calé sur les coussins du salon dans lequel il reçoit les visiteurs, couvé du regard par le rédacteur en chef du journal du parti islamiste. "Autrefois, mon père et d'autres avaient une influence, le président écoutait, mais cette époque est révolue. Les règles républicaines ne sont plus respectées et le président se contente de dire : c'est moi ou la Somalie, moi ou Al-Qaida, moi ou l'Iran. La seule chose qu'il pourrait écouter à la rigueur, c'est la recette pour se maintenir au pouvoir", assène-t-il. Très en verve, le cheikh va jusqu'à considérer que l'aide des pays étrangers au Yémen, l'un des plus pauvres au monde, parce qu'elle bénéficie aussi au président, "ne rend pas service aux Yéménites". Décidé à se faire entendre, le cheikh, député du parti Al-Islah, compte parmi les animateurs d'un "dialogue national", ouvert aux forces vives du pays et qui doit théoriquement faire émerger une alternative dans le courant de l'année prochaine. Car le cheikh n'a plus confiance dans les soubresauts d'un système électoral sur lequel, selon lui, le pouvoir pèse de tout son poids. La décision du président, au printemps, de repousser de deux ans les élections législatives avait d'ailleurs été interprétée comme le signe de la volonté d'en découdre pendant cette période avec les houthistes. Le dialogue prôné par le cheikh doit en principe être ouvert aux rebelles comme aux principaux porte-parole de la contestation qui se développe également dans le sud, quinze ans après la guerre civile qui avait mis fin à une tentative de sécession des cadres de l'ancien Yémen socialiste. A l'en croire, depuis sa dernière entrevue infructueuse avec le président, en mai, les ponts sont rompus. Non sans quelques conséquences, selon ses propres dires, sur les affaires du nouveau trublion. En marge de la politique, ce dernier s'est en effet taillé un petit empire dans les secteurs des télécommunications, de la banque, de l'industrie, des cimenteries et du tourisme, empire qui ne se limite pas, prend-il soin de souligner, aux frontières du Yémen. A dire vrai, comme le souligne avec un peu d'ironie une figure de l'opposition qui oeuvre à ses côtés, cheikh Hamid ne manque pas de relais auprès du président grâce à sa nombreuse et influente fratrie. Si son frère aîné, Sadeq, a repris, comme le veut la coutume, les fonctions tribales de son père, au moins quatre autres Ahmar gravitent autour du système présidentiel, y compris, selon ce responsable, dans sa garde personnelle. "Ce qui est presque certain, commente un journaliste indépendant, c'est que Hamid a plus d'avenir politique que l'opposition elle-même."
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