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09 novembre "The Box" : sous le bouton, la philosophieC'est le troisième long métrage du jeune réalisateur Richard Kelly. L'univers particulier et étrange de son premier film, Donnie Darko (2001), avait suscité une curiosité amplifiée par le second, Southland Tales (2006), qui avait été présenté en compétition au Festival de Cannes et, après s'être heurté à un scepticisme public et critique, n'avait pas été distribué en salles en France. Du premier film de Kelly, The Box a gardé cette vision décalée, inquiétante et critique d'une Amérique sans qualités et, du second, une forme de luxuriance narrative où l'inspiration, parfois, se conjugue avec une certaine confusion.
Au départ, il y a une nouvelle de Richard Matheson, écrite en 1970, où un couple de petits-bourgeois se voit proposer un étrange marché par un inconnu. Il suffit d'appuyer sur un bouton fixé sur une mystérieuse boîte, ce qui provoquera la mort d'un inconnu, pour recevoir une somme de 1 million de dollars. On voit immédiatement que l'enjeu d'un tel récit est avant tout philosophique. Que faire d'une liberté totale, celle qui donne le droit de vie et de mort, celle qui exclut pour son acte toute perspective de punition ? L'égoïsme peut-il être plus fort qu'une morale que l'on croit évidente ? En s'emparant de la nouvelle de Matheson, Richard Kelly, qui est aussi l'auteur du scénario, tente de lui donner un développement inattendu. A cette interrogation morale vient en effet se greffer un scénario du complot et de la conspiration. Quel rapport l'inconnu, interprété par Frank Langella, défiguré grâce aux prouesses numériques, entretient-il avec la CIA, la NASA et l'hypothèse d'une vie extraterrestre ? Kelly n'hésite pas à doper le mince prétexte de départ par une série de spéculations, qui, tout en tenant en haleine le spectateur, en le perdant aussi dans un labyrinthe, font intervenir diverses possibilités d'explications parfois un peu trop rassurantes. La tentation d'Eve Mais n'est-ce pas le rôle fondamental de toutes les théories du complot de donner une explication de l'histoire rassurante à force d'être faussement logique ? Car l'essentiel n'est pas dans l'explication du complot mais davantage dans la métaphore politique et éthique que contient l'idée de départ. En cédant, plus volontairement que son mari velléitaire, la jeune femme, incarnée par Cameron Diaz, rejoue l'archétype de la tentation d'Eve mais plongée ici dans un monde qui, à force de se croire à l'abri des turbulences de l'histoire (les Etats-Unis du milieu des années 1970), peut aussi se sentir délivrée de toute responsabilité, voire de tout rapport avec un réel cruel. Le geste atroce qui accepte la mise à mort d'un homme est ici répété par des familles petites- bourgeoises à l'égoïsme confit dans l'émolliente ambiance des fêtes de Noël.
Jean-François Rauger, Le Monde, 04.11.09
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