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11月8日

Maxwell, retour d'une grande voix de la soul

 
Cela fait près d'une heure et demie que le show a commencé, quand une culotte féminine fait un gracieux vol jusqu'à la scène. Un temps d'arrêt, et Maxwell a un sourire alors qu'enfle dans Madison Square Garden une clameur d'étonnement ravi. On est le 28 septembre, un lundi, pas le meilleur jour pour les concerts, mais la célèbre salle new-yorkaise est remplie à ras bord. Pour Maxwell, pour sa voix soul parmi les plus prenantes, son énergie scénique, son orchestre parfaitement réglé et son grand retour.
 

Révélé au grand public en 1996 avec le disque Urban Hang Suite, volontairement retiré des affaires entre 2001 et 2008, Maxwell, né le 23 mai 1973 à Brooklyn, à New York, est aujourd'hui à nouveau en pleine lumière. Les ventes de son nouvel album, paru aux Etats-Unis le 7 juillet, BLACKsummers' night, annoncé comme le premier d'une trilogie, pourraient approcher le million d'exemplaires en fin d'année. Sa tournée nord-américaine, du 17 juin au 23 octobre, a été un triomphe public et critique. Et il enchaîne avec une tournée en Europe, du 28 octobre au 13 novembre. Pour la France, Maxwell sera au Casino de Paris, mardi 3 novembre.

Au répertoire de son spectacle, des chansons sur tempo lent, avec, à intervalles réguliers, celles dont la pulsation est plus marquée pour faire danser : compositions de son nouvel album (Bad Habits, Pretty Wings, Fistful of Tears...) ; rappel de son parcours (Ascension, Sumthin' Sumthin', Fortunate, Lifetime...) ; sa reprise émotionnellement intense de This Woman's Work, de Kate Bush, celle de Simply Beautiful, d'Al Green.

En costume sombre et chemise blanche, Maxwell tombe à genoux devant le micro, se relève d'un bond, va à gauche, à droite, attrape des mains au passage, lance les bras au ciel, retombe, porte les poings à sa poitrine... Charismatique, viril, d'une élégance formidable, séducteur. Il rappelle qu'il est natif de Brooklyn, et le quartier, qui a envoyé un fort quota de représentantes et représentants, rugit.

Le regard et le ton sincères

Le lendemain, en fin d'après-midi, de retour de jogging, Maxwell donne un entretien au Monde. "Que votre journal s'intéresse à moi est un privilège." Celle-là, on l'a déjà entendue de la part de stars qui la ressortent aussi vite au confrère suivant.

Mais Maxwell n'est pas retors. Quand il dit être "fier" de l'accueil new-yorkais, qu'il se sent "humble" à côté de Jackie Wilson, Sam Cooke, Marvin Gaye, Al Green, Stevie Wonder ou Prince, souvent évoqués pour parler de lui, le regard et le ton de Maxwell sont sincères, honnêtes, vrais. "Je suis un chanteur de soul music, j'arrive après d'autres, et d'autres viendront après moi. Si je peux marquer, pendant quelques secondes, l'histoire de cette grande musique, cela aura déjà été beaucoup." Comme D'Angelo, Raphael Saadiq, Bilal - dans le public de Madison Square Garden -, Erykah Badu ou Macy Gray, Maxwell est un enfant de la soul des années 1960. Il est plus proche des sources que certains - cela s'entend dans ses compositions et ses interprétations - mais sans passéisme. "J'ai 36 ans. J'ai souvent entendu, de la part de gens qui ont plus souvent le mot "business" que le mot "art"à la bouche, que passé 25 ans on n'était plus rien. Ce n'est pas possible avec la soul music. C'est une musique pour laquelle on doit prendre le temps."

Ce qu'il a fait. Après la parution de son troisième album en studio, Now, en 2001, Maxwell décide de faire une pause. "Mon premier album est devenu une référence, à laquelle les autres ont été comparés. Je ne l'ai pas vu pourtant comme un fardeau. Cela m'a poussé à vouloir progresser, faire mieux, autrement, pour le suivant. A un moment, il m'a semblé qu'artistiquement, il était important de me mettre en retrait. J'ai médité, lu des livres, vécu une vie "normale". Les gens ne me reconnaissaient pas. Je pense qu'à un moment on perd son humanité quand on est emporté par cette succession de concerts, de voyages, d'acclamations, même si j'ai toujours fait très attention à ça."

"Tué par balles"

Pas de plaintes sur la "pénible vie de star" dans les mots de Maxwell. Pas de couplet du style : "J'ai appris à connaître mon moi profond". C'était ce qu'il fallait faire. Point. Du coup, il goûte avec encore plus de plaisir ce retour acclamé. Avec "la maturité acquise" pour ne pas s'y perdre. Maxwell vit pour la musique, pas pour le brillant. Et cela depuis ses débuts, à la fin des années 1980, dans des petits clubs new-yorkais, avec ses premières compositions.

"Je viens d'un milieu modeste et d'un quartier qui n'était pas toujours facile. J'ai fait attention. J'aurais pu me retrouver à vendre de la drogue, être tué par balles dans une bagarre. Ma famille était là." Sa mère est originaire d'Haïti, son père de Porto Rico. Il a chanté ses premiers airs à l'église.

BLACKsummers' night aura deux successeurs. Le deuxième album est prévu pour l'été 2010, le troisième en 2011. L'un serait dans l'enracinement gospel, l'autre plus tourné vers des ballades sensuelles. Maxwell n'en dit pas plus. "Garder un peu de mystère maintient le désir du public." Et c'est une manière pour Maxwell de continuer à rester rare.

Le chanteur Maxwell en concert à Los Angeles, le 28 juin 2009. | REUTERS/MARIO ANZUONI

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