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日志


11月8日

Eric Besson, la droite de Sarkozy

 
Bien qu'issu du PS, il occupe au gouvernement un poste aussi sensible que stratégique puisqu'il est chargé de la lutte contre l'immigration et de la défense de l'identité nationale. Mais qui est cet homme que rien ne semble faire douter et qui s'affiche désormais en sarkozyste de choc ?
 

J'aime bien ce que je fais. Je suis très à l'aise.» Il ne faut pas compter sur Eric Besson pour afficher des états d'âme. En pleine polémique autour des débats sur l'identité nationale, après celle sur la fin des tests ADN et celle sur la fermeture de la « jungle » de Calais, le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale aurait des raisons de vouloir ne plus servir de cible.

Mais l'homme n'est pas de ceux qui restent au milieu du gué en maugréant sur leur sort. Il pourrait faire sienne la phrase d'André Malraux : «Il ne sert à rien d'aller au bord du Rubicon si c'est pour pêcher à la ligne !» Son Rubicon à lui, Eric Besson l'a franchi en 2007 au beau milieu d'une présidentielle intense quand il a claqué la porte de l'équipe de campagne de Ségolène Royal pour, un peu plus tard, rejoindre celle de Nicolas Sarkozy. Le Président sait ce qu'il doit à ce transfuge. Il le dit souvent : «Lui, il m'a rejoint avant le premier tour !» Sous- entendu, Eric Besson a pris un risque plus important que ceux qui ont attendu le soir du premier tour, voire du second pour afficher leur ralliement.

Les deux hommes se connaissent en réalité depuis longtemps. Eric Besson a invité plusieurs fois Nicolas Sarkozy à plancher devant les membres de son Club 40, qui regroupait les jeunes chefs d'entreprise de moins de 40 ans. Parmi eux, Jean-Marie Messier, Patricia Barbizet, Jean-Marc Espalioux... Il n'a donc pas été difficile pour le candidat Sarkozy de convaincre le député socialiste en rupture avec son camp de venir le rejoindre. «Tu es un traître, tu ne vas pas en plus passer pour un imbécile», lui aurait dit en substance le futur chef de l'Etat pour achever de le convaincre de travailler avec lui.

Evidemment, Eric Besson n'imaginait pas à cette époque qu'il devrait mettre en œuvre la partie la plus identifiée à droite du programme : la lutte contre l'immigration et la promotion de l'identité nationale. Economiste de formation, ce tout jeune quinqua (il est né en 1958) se voyait plutôt à Bercy piloter l'économie française ou façonner son budget. Mais Nicolas Sarkozy aime bien tester les gens avant de leur accorder ce dont ils rêvent. A lui de faire ses preuves. D'abord, dans un improbable secrétariat d'Etat à la Prospective, puis aujourd'hui dans un ministère de plein exercice sur l'immigration et l'identité nationale. Dans son livre Manuel de guérilla à l'usage des femmes (Grasset), son ex-femme, Sylvie Brunel, raconte comment elle et leurs enfants n'ont pas eu leur mot à dire sur son choix. «Le Président a proposé et quand le Président propose, on ne refuse pas.» C'est la logique d'Eric Besson depuis la transgression initiale de 2007 : il a mis ses pas dans ceux de Nicolas Sarkozy et n'en déviera pas d'une semelle.

«Il a besoin de s'identifier et d'admirer un père», explique un député socialiste qui l'a bien connu. Il était proche de Jean-Marie Messier au temps de sa splendeur chez Vivendi, il voulait complaire à Lionel Jospin quand celui-ci était Premier ministre, il collait à Hollande quand il dirigeait le PS, aujourd'hui il copie Sarkozy. Un véritable caméléon en quelque sorte. Ses anciens amis du PS sont plus sévères. «Il est dans l'imitation totale de Sarkozy. Il ne se rend pas compte qu'il est instrumentalisé», regrette un parlementaire socialiste. «Sur l'échiquier politique, il a pris la diagonale du fou. C'est plus rapide mais plus dangereux», ajoute un autre élu.

Eric Besson a une autre lecture de sa trajectoire : comme il a tenté de le justifier à son ex-épouse quand elle s'inquiétait de le voir rejoindre la direction de l'UMP en plus de sa charge ministérielle : «J'étais dans l'avion, on me demande d'entrer dans le cockpit, j'y vais.» C'est d'ailleurs la marque d'Eric Besson. Il a toujours su entrer dans le cercle de confiance de ceux avec qui il a travaillé. C'était vrai avec Messier, ce le fut avec Hollande qui l'a fait entrer à la direction du PS, et maintenant Sarkozy qui l'a poussé à devenir secrétaire général adjoint de l'UMP et, à ce titre, le reçoit chaque semaine avec l'équipe dirigeante menée par Xavier Bertrand.

Au cœur du système, Eric Besson se veut pourtant toujours «ministre d'ouverture» et continue à faire vivre son club des «progressistes» qui négocie en ce moment des places éligibles sur les listes aux régionales. Ses anciens amis ne veulent pas croire que le même homme qui travaillait avec eux sur les argumentaires anti-Sarko mène aujourd'hui sa politique. N'est-ce pas lui qui a rédigé en partie le pamphlet publié au début de la campagne présidentielle dans lequel le Parti socialiste fustigeait Nicolas Sarkozy, «néoconservateur américain à passeport français» ? Celui qui est né au Maroc d'un père mort pour la France quand il avait 4 ans préfère voir la continuité de sa démarche : «J'ai grandi dans cette idée que la France, la nation, c'était important. Et on ne trouvera pas une once de racisme chez moi. Je ne suis pas tombé dans ce chaudron-là quand j'étais petit.» Là où son prédécesseur Brice Hortefeux craignait d'être caricaturé, Eric Besson a foncé sans complexe. Un peu comme lors de cette anecdote, qu'il raconte volontiers : au lendemain d'un match au Stade de France, son fils accroche un drapeau français sur la porte d'entrée. Un ami d'Eric Besson lui lance alors : «Tu es passé au Front national ?» Aujourd'hui encore, le ministre ne peut s'empêcher de relever la confusion des esprits qui ressort de cette anecdote et qui lui rappelle quand François Hollande refusait à Ségolène Royal d'installer des drapeaux français sur la scène de la Mutualité au démarrage de sa campagne.

«Il était sarko-compatible, il est devenu sarko-dépendant», assure un élu UMP qui suit avec une pointe d'inquiétude l'évolution du protégé du président. Car Nicolas Sarkozy prend soin d'Eric Besson. Aucune critique publique ou privée sur l'action de son ministre n'a été distillée dans la presse. Au contraire, le chef de l'Etat explique à ses interlocuteurs qu'Eric Besson est «une lame». Et dans le combat politique à venir, le Président a bien l'intention de s'en servir pour transpercer ses adversaires, à gauche comme à droite. Alors il ménage celui qu'il a placé à un poste aussi sensible. Mardi matin, juste avant la réunion opérationnelle de l'UMP à l'Elysée, il le prend à part pour le féliciter d'avoir lancé le débat sur l'identité nationale, mais aussi pour lui donner un conseil : «Tu as prévu une communication au démarrage du débat. Ce n'est pas très utile à ce stade. Réserve-toi pour la fin», lui a-t-il suggéré.

En connaisseur, l'Elysée apprécie la façon dont, depuis la rentrée, Eric Besson occupe le devant de la scène. A la manière d'un Sarkozy, il lance une idée par semaine, obligeant les médias à le suivre en permanence. Résultat, depuis la rentrée, il a été l'invité de trois des rendez-vous phares : le « 20 heures » de TF1, « Le Grand Rendez-Vous » d'Europe 1 et « Le Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro. Une exposition médiatique à double tranchant. Car si sa notoriété progresse, son image ne s'améliore pas forcément pour autant. A droite, les commentaires sont d'ailleurs mitigés, notamment depuis qu'il a annoncé qu'il ne mettrait pas en œuvre les tests ADN. Le ministre veut croire que l'incident avec les parlementaires UMP est clos. «Il y a eu trois minutes musclées, notamment avec Jean-François Copé, et vingt minutes où je leur ai expliqué la réalité du dossier», se défend Eric Besson, qui est persuadé de ne pas avoir de problèmes avec les élus UMP. «La petite musique que j'entends sur mes difficultés avec eux est fausse.»

Pour autant, les échos de l'Assemblée ne sont pas tous positifs. Certes, Laurent Hénart, député UMP-radical de Moselle, reconnaît «sa force de caractère et sa solidité», mais d'autres sont plus circonspects. «Je ne l'inviterais pas à une réunion politique avec des militants UMP chez moi», explique un élu de province. «Dans l'archipel compliqué qu'est la majorité, il n'est d'aucune famille», constate un autre. Pièce rapportée imposée par le chef, Eric Besson a du mal à se faire une place auprès des élus. Mais, visiblement, le ministre ne cherche pas non plus à les soigner, les recevoir à déjeuner ou à dîner, comme savent le faire un Brice Hortefeux ou une Michèle Alliot-Marie qui, eux, prennent le temps de les écouter. En deux ans, il ne s'est pas constitué de garde rapprochée prête à monter au feu pour le défendre, préférant miser sur ses bonnes relations avec Nicolas Sarkozy et François Fillon.

Les socialistes peuvent chercher les failles pour le faire trébucher, sa femme peut dire, menaçante, à un de ses amis : «je ne vais pas le lâcher», Eric Besson affiche la confiance de celui qui «fait le job» demandé par son patron et qui sait qu'il n'a de seul juge que le Président. «Quand Nicolas Sarkozy me dit: "Fais-le, mais fais-le bien!", tout est dit», résume Eric Besson, qui a laissé ses complexes avec son passé : «Quand je suis passé chez Sarkozy, des amis socialistes m'ont dit : "Ça va te faire drôle de chanter La Marseillaise dans les meetings." Mais moi, malgré mes onze années passées au PS, je n'ai jamais chanté L'Internationale de ma vie.»

Polémique à droite sur les tests ADN, bataille à gauche sur  la fermeture de la « jungle » de Calais, sortie du livre de son ex-épouse sur leur couple : depuis la rentrée, Eric Besson
est sur tous les fronts.

Carl Meeus Le Figaro, 07.11.09

http://www.lefigaro.fr/politique/2009/11/07/01002-20091107ARTFIG00142--eric-besson-la-droite-de-sarkozy-.php

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