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日志


10月30日

Joe Biden, vice-président trouble-fête

 

Il n'est pas facile d'être vice-président en Amérique, fonction dont le colistier de Franklin Roosevelt, John Nance Garner, disait jadis avec humour qu'elle ne valait pas plus qu'un «seau de pisse chaude». Comme tous ses prédécesseurs, Joe Biden, actuel tenant du poste, a tâtonné plusieurs mois avant d'imposer son style. Mais le rôle de poil à gratter qu'il a joué ces dernières semaines dans la discussion sur la stratégie américaine en Afghanistan - mettant en doute les conclusions des généraux et s'inquiétant à haute voix des conséquences d'une stratégie militaire de contre-insurrection aussi incertaine que coûteuse en vies humaines - semble démontrer que ce gentleman chaleureux, élégant et volontiers prolixe s'est imposé comme l'une des pièces clés du processus de décision à la Maison-Blanche. Non pas au titre de celui qui tranche. Ce rôle-là appartient clairement à Barack Obama, et il semble n'y avoir sur ce point aucune ambiguïté, contrairement à ce qui se passait du temps du vice-président Dick Cheney, véritable deus ex machina de la présidence de George W. Bush.

Mais Joseph Biden s'est peu à peu installé dans le rôle de l'avocat du diable, «celui qui dit tout haut» ce que les autres osent à peine penser tout bas, a récemment confié le chef de l'Administration présidentielle Rahm Emanuel à Newsweek. Il est l'homme qui donne la réplique au président pour l'aider à y voir plus clair et à progresser dans sa réflexion lors des déjeuners hebdomadaires qu'ils ont en tête à tête. Celui qui, du haut de ses 67 ans et de ses six mandats successifs au Sénat, apporte au jeune président de 48 ans à peine sa connaissance intime du Congrès et de la scène internationale. Fournissant du même coup une expérience non négligeable à la garde rapprochée de jeunes loups débarquée de Chicago à la Maison-Blanche avec leur chef.

«On ne plaisante pas avec Joe», a d'ailleurs titré Newsweek à la une. Cette phrase avait été prononcée au printemps par Barack Obama lorsqu'il annonça que son vice-président serait chargé de veiller à l'utilisation scrupuleuse des quelque 700 milliards de dollars d'argent public débloqués pour lutter contre la récession économique. Pourtant, pendant les premiers mois de la présidence, on a eu l'étrange impression que l'équipe présidentielle passait plus de temps à se moquer des supposées «gaffes» de ce poids lourd de la scène washingtonienne qu'à l'écouter. Il est vrai que Biden semblait avoir une réelle tendance à mettre les pieds dans le plat. Alors que toute la Maison-Blanche s'employait à rassurer l'opinion sur l'ampleur de l'épidémie de grippe A (H1N1) au printemps, il avait déclaré sans ambages qu'il jugeait «très dangereux» de prendre l'avion.

Il s'était aussi permis d'affirmer que le plan de relance de l'économie américaine d'Obama avait 30 % de chances d'échouer, une réflexion qui avait suscité l'agacement de l'entourage présidentiel, habitué à contrôler jusqu'à l'obsession ses messages médiatiques. Le président avait même plaisanté durant un dîner de gala des correspondants de la Maison-Blanche, affirmant que l'«être poilu» qu'il lui fallait «tenir en laisse» n'était pas son chien Bo, mais… Joe Biden. Une situation qui a fini par blesser le loyal vice-président et par le pousser à une explication de fond avec le président, rapporte Newsweek. Il a été décidé que Joe porterait plus d'attention à ses déclarations publiques et qu'en échange les conseillers d'Obama mettraient fin à leurs sous-entendus narquois. «Une gaffe à Washington, c'est quelqu'un qui dit la vérité, et la vérité ne m'a jamais fait de mal», confiait récemment Joe Biden, un homme éprouvé par la vie, qui a perdu sa première femme et leur petite fille d'un an en 1972, un mois avant d'entrer au Sénat pour la première fois.

«J'ai besoin de votre avis non aseptisé»

Du temps où il était lui-même jeune sénateur, Barack Obama n'avait pas eu de rapports privilégiés avec cet illustre aîné démocrate, sénateur du Delaware, connu pour faire chaque jour la navette en train entre le Capitole et sa ville de Wilmington, où vit toujours sa famille. Après avoir sérieusement envisagé de s'allier avec Hillary Clinton, d'après les Mémoires à paraître de son directeur de campagne, David Plouffe, le candidat démocrate a décidé de mettre la réputation et les réseaux politiques de Biden au service de sa campagne en lui proposant la vice-présidence à l'été 2008. Hésitant, l'ex-rival d'Obama lors des primaires se méfiait des frustrations d'un rôle de second. Il a finalement accepté de rejoindre le «ticket» présidentiel après avoir exigé, sur le conseil de l'ancien «Veep» de Jimmy Carter, Walter Mondale, un accès direct au président et sa présence à toutes les réunions restreintes où sont prises les décisions capitales. «J'ai besoin de votre avis non aseptisé», aurait répondu Obama, qui a donné son accord.

Aujourd'hui au cœur du pouvoir, Joe Biden a plus de facilité à apporter au fonctionnement de l'exécutif ses réseaux et son liant, sans pour autant perdre sa position de «sage». Ainsi passe-t-il une grande partie de son temps dans la salle de gym et la cafétéria du Capitole, pour y plaider auprès des élus la cause de la réforme de la santé. Apparemment aussi infatigable que le président, Biden n'a par ailleurs cessé de sillonner le pays pour surveiller la mise en place du plan de relance économique présidentiel. Jouant également sans difficulté le rôle du «méchant», tandis qu'Obama endosse celui du «gentil» en politique étrangère. Obama tend la main aux Russes pour «un redémarrage des relations» ? Biden se rend en Géorgie et en Ukraine et rappelle à Moscou que l'Amérique n'acceptera jamais la reconstitution de sphères d'influence. Le président abandonne son projet de bouclier antimissile en Europe centrale ? Son vice-président se rend dans la région pour y assurer ces démocraties encore fragiles de l'appui inchangé des États-Unis…

Concernant l'Afghanistan, Biden, qui, contrairement à Obama, appartient à une génération traumatisée par la guerre du Vietnam, se défend d'être une «colombe». N'a-t-il pas été un fervent partisan de l'intervention en Bosnie ? Mais ce «réaliste libéral» appelle à la prudence au sujet d'une montée en puissance du contingent, plaidant pour un déplacement du curseur vers le Pakistan, selon lui délaissé. La corruption du gouvernement afghan de Hamid Karzaï lui apparaît comme un facteur susceptible de réduire à néant les efforts de la contre-insurrection américaine et il ne se prive pas de le dire. Les journaux rapportent qu'en 2008, encore sénateur, il avait dîné avec le président afghan, et que ce dernier, interrogé sur l'ampleur de la corruption, n'avait cessé de nier. Le Congressman s'était levé, furieux, et avait jeté sa serviette avant de sortir. On ne plaisante pas avec Joe Biden.

Du haut de ses six mandats au Sénat, Joe Biden apporte à Barack Obamasa connaissance intime du Congrès et de la scène internationale.

Laure Mandeville, Le Figaro, 30.10.09

http://www.lefigaro.fr/international/2009/10/30/01003-20091030ARTFIG00298-joe-biden-vice-president-trouble-fete-.php

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