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日志


10月29日

"Panique au village" : un film dingue qui carbure à l'humour et au vitriol

 
Bienvenue en un pays de frappadingues ! Les Belges Vincent Patar et Stéphane Aubier transbahutent sur grand écran l'univers de "Panique au village", leur série a succès sur Canal+. Ça vaut le détour. En 1 h 16, avec une poignée de petits personnages, des jouets en plastique d'un autre âge rivés à des socles en dur, ils mettent le feu à une fusée fictionnelle dans laquelle n'importe quelle idée est acceptable, pour peu qu'elle défie les lois du bon sens et de la gravité.
 

Tout commence dans un village qui s'appelle Village. Un cow-boy qui s'appelle Cow-Boy, un Indien qui s'appelle Indien, et un cheval qui s'appelle Cheval vivent sous le même toit. Cow-Boy et Cheval ont l'accent belge, comme la plupart des autres personnages de cette odyssée sans queue ni tête. Indien parle avec un accent américain. Les corps raides du trio évoluent dans l'espace à coups de petits mouvements saccadés qui produisent à eux seuls un effet burlesque subtil, totalement inédit.

Ces figurines sorties d'un vieux coffre à jouets sont des enveloppes vides, prêtes à jouer des histoires dingues. Le cheval en plastique prend son téléphone, appelle le conservatoire de musique, s'engage à aller chercher les animaux à la sortie du cours de piano de Mme Longrée, jument à la crinière rousse, secrètement amoureuse de Cheval, et qui s'exprime avec la voix suave de Jeanne Balibar.

C'est l'anniversaire de Cheval, et ses copains Cow-Boy et Indien, pour lui faire une surprise, décident de lui fabriquer un barbecue. Ils se rendent sur le site www.briques.com, mais Cow-Boy oublie un objet appuyé en continu sur la touche "zéro" de l'ordinateur, alors qu'Indien n'a pas fini de passer sa commande : au lieu des 50 briques demandées, ils en reçoivent 50 trillions de milliards, livrés par un interminable convoi de camions. Voilà le point de départ.

Ambiance absurde, imaginaire débridé, fonctionnant par associations d'idées improbables. Le ton est donné. Il ne faiblit pas. L'intrigue de Panique au village, si l'on ose dire, avance comme un jeu de cadavres exquis - héritage surréaliste belge oblige. Une mare dans le jardin, et hop ! trois hommes-grenouilles en surgissent, qui dérobent les murs de la nouvelle maison Cheval. L'ancienne s'était effondrée sous le poids des milliards de briques que ses colocataires avaient entreposées sur son toit pour cacher leur gaffe. Il y a donc un monde sous la mare. Cow-Boy, Cheval et Indien vont y plonger pour récupérer leurs murs.

Poésie pétillante

De fil en aiguille, ils se retrouvent au centre de la terre, puis 20 000 lieues sous les mers, en zone polaire, aux prises avec un gang de savants démoniaques, créateurs d'un pingouin géant qui catapulte d'immenses boules de neige sur tous les points du globe.

A peine une situation s'engage-t-elle qu'elle est transformée en une autre, avec une poésie pétillante et un humour qui s'insuffle dans le moindre détail. L'univers du jouet et celui de l'homme se combinent dans tous les sens : le fermier Steven avale en deux secondes une tartine de Nutella grandeur nature, donc cinq fois plus grande que lui ; Cheval dort debout, mais collé contre un mur avec un oreiller pour protéger sa tête...

La drôlerie tient aussi aux répliques des personnages bourrés de défauts, à la manière dont elles participent d'une mise en scène précise et ludique, à la générosité avec laquelle les acteurs les font vivre à travers leurs voix.

Au côté de Jeanne Balibar, nouvelle venue dans la bande, Benoît Poelvoorde et Bouli Lanners sont de la partie, ainsi que les deux auteurs, qui interprètent chacun plusieurs personnages.

Convoqué à travers les jouets, le monde de l'enfance n'est jamais prétexte à la mièvrerie. Panique au village carbure plutôt au vitriol. Il y a de l'amitié entre les personnages, de l'amour même, mais les auteurs s'en donnent à coeur joie pour torpiller les archétypes du Père Noël, du gendarme, de la mère de famille, convoqués à seule fin d'arracher leurs masques, pour en révéler l'imposture dans un grand feu de joie.

Dans ce cocktail d'esprit anar, on reconnaît le terreau qui a engendré récemment des films comme Aaltra (2003) et Louise-Michel (2008) de Benoît Delépine et Gustave Kervern, ou Eldorado (2008) de Bouli Lanners. Il s'agit à n'en pas douter d'une des matrices les plus inventives du cinéma de notre époque.

Une image du film d'animation belge de Vincent Patar et Stéphane Aubier, "Panique au village".

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