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10月29日 "Micmacs à tire-larigot" : les personnages désincarnés de Jeunet, pourtant génial brocanteurJean-Pierre Jeunet est un cinéaste précieux, auquel sa poésie délirante inspirée par Jacques Prévert assure un statut aussi ludique que ceux du Britannique Terry Gilliam ou de l'Américain Tim Burton.
Interprété par Dany Boon, ici dans son meilleur film, le héros est un cinéphile dont le père a sauté jadis sur une mine et qui se prend une balle perdue dans le crâne (une "dragée dans le bocal" pour rester dans le ton). Mort en sursis, il décide de pourrir la vie de deux marchands d'armes ayant pignon sur rue à Paris. Il se fait aider pour cela par une bande de truculents chiffonniers qui l'ont adopté, des déclassés à l'âme d'enfant vivant dans une caverne d'Ali Baba regorgeant d'inventions brindezingues. Depuis Delicatessen, pas un opus de Jeunet qui ne fasse appel à ce schéma du Petit Poucet engagé dans un bras de fer contre un monstre, boucher découpant ses voisins en morceaux de viande, gros poissons de l'appât du gain sans scrupules. Humour en bandoulière mais pulsions de vengeance nichées dans le ciboulot, il orchestre un concert de trouvailles avec une maestria virtuose. Les clins d'oeil à l'art de la caméra abondent, du doublage du Grand Sommeil (Hawks, 1946) au bidonnage diffusé sur YouTube, en passant par la science du bruitage ou du dessin animé, le pied de nez à la vidéosurveillance, la parodie d'Indiana Jones, de Mission impossible, de Sergio Leone... Sortis de Toy Story, les complices du justicier hurluberlu rejoignent la cohorte des bricoleurs au coeur simple, troglodytes loufoques mettant à profit leurs talents pour confondre les cyniques industriels du fusil, du canon, de la bombe. En cohérence idéologique avec Un long dimanche de fiançailles qui dénonçait les horreurs de la guerre de 1914-1918, Micmacs à tire-larigot tire à boulets rouges sur les collectionneurs d'arsenaux, mais avec l'aide d'une môme caoutchouc, d'un serrurier hors pair, d'un fabriquant d'automates, d'un cascadeur casse-cou... Maniaque de la calculette Des tranchées transformées en charniers de corps mutilés, on passe ici à un univers plus souriant, celui d'un Paris mythologique (ponts, gares, métro aérien, toits, Moulin-Rouge) relooké aux effets numériques (comme dans Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain), celui des chaînes de gags et des facéties verbales. "C'est beau de pouvoir compter sur ceux qui comptent", lance quelqu'un à une maniaque de la calculette. Reste, face à cette époustouflante démonstration de savoir-faire, un déficit. Les personnages restent des silhouettes, marginaux sympathiques mais désincarnés. Le héros du film, c'est l'ingénieur en prouesses, l'artisan des mécaniques improbables, le manieur de poulies, celui qui récupère, trie, répare, recycle : c'est Jeunet, génial brocanteur, mais dont les pieds nickelés restent graphiques, instruments d'une éblouissante machinerie de divertissement dont la profondeur humaine reste un peu trop opaque.
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